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LA PLAGE « BONAPARTE »

 

Il s’agit d’une toute petite plage dans les Côtes d’Armor qui se distingue par son passé glorieux mais qui, pour le profane, reste un lieu totalement inconnu et jusqu‘à cette fin de juillet 2014 elle l’était aussi pour moi.

 

C’est donc à l’occasion d’un séjour dans la région de St Brieux (22) qu’elle s’est présentée à moi par hasard lors d’une discussion avec un autochtone féru d’histoire et très amoureux de celle de son département.

 

Située au nord de la commune de Plouha en direction de Lanloup et Paimpol sur la D786 et indiquée par un petit panneau sur la droite de la route, ce haut lieu de la Résistance se niche, bien cachée, au creux des falaises (les plus hautes de Bretagne) et l’on y accède en franchissant un tunnel creusé dans celles-ci.

 

C’est sur cette minuscule plage appelée auparavant « l’Anse Cochat » que, pendant la seconde guerre mondiale, que s’organisa l’exfiltration de nombreux aviateurs alliés vers l’Angleterre.

 

Le Réseau d’évasion « Shelburn* :

 

Il fut mis en place en novembre 1943 sous l’égide du S.O.E (Special Operation Executive) britannique par deux Franco-canadiens, Lucien Dumais dit « Léon » et Raymond Labrosse (son radio)dit « Paul » ou « Claude » qui l’organisèrent et le dirigèrent dans le but de récupérer les personnels des avions abattus sur le territoire français afin de pouvoir les rapatrier par la mer vers la Grande-Bretagne, conscients de l’importance de ces personnels de l’USAAF (USA), de la RAF (Royaume-Uni) et de la RCAF (Canada) au vu du coût dispendieux et de la durée de leur formation pour l’Etat Major britannique.

 

Après avoir été récupérés en différents points du territoire, pris en charge par des passeurs clandestins (convoyeurs)depuis la gare Montparnasse de Paris et acheminés en train vers les gares les plus proches (St Brieuc, Guingamp ou Châtelaudren), ils étaient ensuite cachés chez l’habitant sympathisant souvent résistants locaux(logeurs ou hébergeurs)en toute discrétion, munis de faux papiers comportant des noms à consonance bretonne, jusqu’à leur regroupement dans la maison dite « La maison d’Alphonse » de M. Jean Gicquel, située à 2 km de l’Anse Cochat, en vue d’un embarquement sur la plage au nom de code « Bonaparte ».

 

Afin de connaitre le jour de l’évacuation, la B.B.C adressait le message suivant : «  Bonjour à tous dans la maison d’Alphonse ».

 

C’est donc sur cette plage que, durant la nuit (sans lune) et à marée basse, le papa de Jane Birkin (entre autres), commandant dans la Royal Navy appartenant à la 15eme flottille, venait recueillir les aviateurs rescapés qui rejoignaient les navires armés MGB (Motor Gun Boat), au moyen de canots en caoutchouc manœuvrés à la rame (elles étaient, comme pour toutes opérations « commandos » recouvertes de chiffons pour atténuer le bruit), qui mouillaient au large tous feux éteints derrière la « tourelle du taureau » pour échapper aux radars ennemis. Le retour à travers la Manche se faisait en moins de quatre heures (180 km environ) grâce à la puissance des puissants et silencieux moteurs à la vitesse moyenne de 35 nœuds jusqu’au Port de Dartmouth. Il s’agissait régulièrement de la MGB 503. Il est à noter que les Allemands possédaient un blockhaus de surveillance sur les hauteurs de l’Anse Cochat, ainsi qu’un puissant canon d’une batterie côtière à la Pointe de la Tour ainsi que de l’artillerie diverse à Pors-Moguer mettant la plage à porter directe de tir.

 

La première exfiltration eut lieu le 28 janvier 1944 pour 18 aviateurs et les opérations durèrent jusqu’au 23 juillet 1944. Au total 142 évadés dont quatre agents secrets furent exfiltrés vers l’Angleterre au départ de cette plage grâce à la parfaite organisation du réseau Shelburn, à la parfaite connaissance du terrain et des falaises que tout le monde descendait en glissant sur les fesses (le tunnel fut creusé bien plus tard pour un accès plus aisé à la plage). Pour le bon déroulement de l’opération, le responsable du réseau mettait tout le monde au courant des risques encourus en cas de non respect des règles de sécurité durant le parcours entre le gîte et la plage. Pour ne pas mettre en péril le réseau, tout le monde était briffé sérieusement et devait être pleinement conscient de l’extrême dangerosité du trajet qui devait se dérouler dans le plus grand silence qui traversait notamment un champ de mines.

 

La maison de M. Jean et Marie Gicquel éveilla les soupçons des Allemands qui n’obtinrent jamais la preuve de cette activité clandestine mais dans le doute ils la brûlèrent au lance-flamme. Il ne subsiste rien de la « Maison d’Alphonse » mais une plaque apposée à cet endroit en marque le souvenir. La famille qui avait réussi à fuir ne fut pas exécutée. Aucune perte non plus chez les évadés et les résistants Plouhatins car les huit opérations des 18 janvier, 27 février, 17, 23 & 29 mars, 12, 13 & 23 juillet 1944 furent des succès complets.

 

* Shelbrun : du nom d’un homme politique britannique du XVIIIe siècle, William Petty Fitzmaurice, second comte de Shelburn.

 

Le sentier du réseau Shelburn figure sur un panneau explicatif au bout du parking de la plage et fait l’objet d’un circuit historico-touristique. Il comporte plusieurs plaque et stèles. Le tunnel et ses abords comportent également plusieurs plaques. Un texte sur le réseau de résistance est également visible sur ce panneau. Celui-ci indique bien 8 évacuations mais 135 aviateurs et 7 agents.

 

Photos : Alain OCTAVIE

 

Sources : recherches personnelles et,

Mairie de Plouha, Association Forced Landing, tourismebretagne.com, patrimoine.région-bretagne.fr,

Nous vous conseillons un site particulièrement intéressant traitant de ce sujet :

www.desmoulin.net/sur-la-plage-bonaparte-avec-le-reseau-shelburn/